La douleur était insurmontable, elle me parcourait de haut en bas à une vitesse vertigineuse. J'avais envi de crier de douleur, mais aucun son ne sortie de ma bouche. Je louchais sur la dague qui était encore plantée dans ma poitrine.
Et d'un seul coup, la douleur s'envola, la dague avait disparu et je me sentais plus... Légère, comme débarrassé d'un poids. Etienne n'était plus devant moi,je l'entendit m'appelé, il était derrière moi. Je me retournai. J'eus un choc, Etienne était bien là, agenouillé près d'un corps, qui était le mien. Mon corps était livide, la dague était encore plantée dedans, mais le sang ne coulait pas. Etienne retira son arme laissant un trou dans ce qui était ma poitrine qui se referma aussitôt. Il n'y avait aucune trace de sang sur la dague. Je me rendis compte que j'éprouvais de la peur. Etienne n'avait pas dit que je ne ressentirais plus aucun sentiment en devenant un stabilisateur ?
-C'est quoi cette histoire ?! lançai-je. Pourquoi un double de moi est allongé sur le sol et comment se fait-il que je ressente encore des sentiments alors que je suis un stabilisateur ?
-Primo, répondit-il en levant l'index, ce corps est le tien et non un double, secundo, tu n'es pas encore un stabilisateur mais juste un mort et tertio, vu que tu n'es pas un stabilisateur, tu garde tes sentiments.
-Quoi ? Mais...
-Tu pensais que le privilège de devenir stabilisateur était offert à tout le monde ? Tiens, je crois que ceci t'appartient.
Il me tendit mon médaillon.
-Vu que ce médaillon a beaucoup d'importance à tes yeux, tu peux le porter.
Je l'atachai de nouveau à mon cou.
-Que fait-on maintenant ?
-Pour commencer, je vais quitter ce corps d'empreint.
Il sortit de sa poche une bille multicolore, il l'avala. Je vis son corps se consumer créant un épais nuage de poussière qui l'enveloppa.
-Etienne ! m'alarmai-je. Est-ce que ça va ?
J?aperçus sa silhouette. La fumée se dissipa, il me tournait le dos. Il portait une sorte de kimono souple en soie noire, les contours du kimono étaient blancs, il était fermé par une ceinture de couleur rouge. Ces couleurs me rappelèrent celle de la dague. Il se retourna vers moi, un détail me frappa. Ses pupilles étaient rouges.
-Etienne... Tes yeux !
-Hein ? Oh ça ! Ne t'inquiètes pas c'est normal, me rassura-t-il. Bon, ne nous attardons pas, Neisha doit s'inquiéter. Viens, je vais t'emmener au repère des stabilisateurs.
Il sortit de nouveau sa sphère, tapota le dessus et celle-ci recommença à briller et à flotter dans les airs.
Etienne me fit signe de m'approcher.
-Pose tes mains sur la sphère, m'ordonna-t-il, et ne les enlèvent sous aucun prétexte.
J'obéis. Etienne posa aussi ses mains sur la sphère et il dit d'une voix forte : « au repère ! » et nous décollâmes du sol et nous nous envolâmes vers les cieux à une vitesse vertigineuse.
J'ai été tellement surprise que j'avais failli décoller mes mains de la sphère mais après quelques secondes, je m'agrippais à cette sphère comme si ma vie en dépendait, et c'étais un peu le cas. Les seuls moments où j'ouvris les yeux, nous étions au milieu des nuages, à des dizaines de kilomètres du sol. Au bout de quelques minutes nous étions au-dessus de la mer. Je commençais à m'habituer au fait qui j'étais très loin du sol et j'ouvris les yeux plus souvent.
-Nous sommes bientôt arrivé, m'informa Etienne.
-Comment ça ? demandai-je. Nous sommes au plein milieu de la mer !
-Et plus précisément au-dessus de l'océan Atlantique. Tu ne connais donc pas une légende parlant d'un mystérieux lieu ayant une forme géométrique où des navires disparaissent ?
Je réfléchis quelques secondes.
-Le Triangle des Bermudes ! m'exclamai-je.
-Exact. Et le repère se trouve sur l'Ile Fantôme.
L'Ile Fantôme est une île qui se déplacerait au gré du vent dans la zone délimitée par le triangle.
Ah ! La voilà justement, dit-il en montrant une direction encore cachée par les nuages. Bizarrement, il indiquait une direction en face de nous et non en dessous de nous. D'un seul coup, un immense château apparu devant nous, EN PLEIN CIEL !!!
-C'est le repère. Tu est surprise n'est-ce pas ? Venant d'un humain, tu devais sûrement t'attendre à une véritable île à la surface de l'eau.
-Mais comment se fait-il que ce château n'est pas été repéré par les avions, les satellites?
-Nous avons créé cette légende et cet épais brouillard disant pour que bateaux et avions qui passeraient dans cette zone seraient coincés dans une autre dimension. Bien sûr, il y a toujours quelques nigauds qui veulent passer par là pour percer le mystère. Quand même, risquer sa vie pour une ânerie pareille, il faut vraiment être fêlé !
-Euh... Ouais, c'est sûr.
J'allais quand même pas lui dire que mon rêve d'enfance était de percer le mystère du triangle des Bermudes !
La sphère nous déposa devant l'entrée du château volant. Nous nous trouvions devant une énorme porte rouge, Au centre de la porte se trouvait le symbole du yin et du yang. Devant le symbole , se trouvait une grande épée, la lame pointé vers le bas.
-Le mot de passe, étranger, dit une voix venant de l'intérieur du château.
-Retiens-le bien, me chuchota Etienne. Si par malheur tu te retrouves ici sans le connaître, tu auras de sérieux ennuis.
Il s'éclaircit la voix, et récita :
-Celui qui fait du mal est qui méprise son prochain a son âme souillée à jamais. Son âme sera égarée dans les profondeurs des ténèbres. Voici le mot de passe des stabilisateurs.
-Vous pouvez entrer, stabilisateurs.
L'épée sur la porte,changea de sens, la lame pointait maintenant vers le haut. La porte s'ouvrit et nous pûmes rentrer. L'intérieur du château était magnifique. Le sol était découpé en losange d'ivoire noir contourné de blancs. Les murs étaient pourpres où dessus était dessiné le même symbole que celui qui était sur la porte. Le plafond en forme de coupole était soutenu par des colonnes.
Le château était remplis par de nombreuses personnes, ils portaient tous les mêmes habits qu'Etienne.
-Il faut presser le pas, me signala Etienne. Le bureau d'inscriptions va bientôt fermer.
-Tu veux t'inscrire pour quelques choses ? demandai-je.
-Ce n'est pas pour moi mais pour toi, répondit-il. Je vais t'inscrire à l'académie des stabilisateurs.
-Vous avez une académie de stabilisateurs !
-Bien sûr. Tu pensais rentrer parmi les stabilisateurs sans aucune expérience du combat ? Bon, il faut aller par là.
À peine il eut fini sa phrase que quelque chose fondit sur lui.
-Mon petit Etiennou !! Si tu savais comme tu m'as manqué !!!
Une fille qui avait à peu près mon age s'était agrippée au dos d'Etienne. Elle avait des cheveux châtains et ondulés. Je remarquais que il y avait quatre cinq filles qui piaillaient derrière nous.
-S'il te plaît, Anastasie, lâche moi, tu m'étouffes !
Elle obéis à contrec½ur.
-Je vois que tu n'as toujours pas accepté notre uniforme, remarqua Etienne.
Cette Anastasie n?était pas habillée comme tous les autres stabilisateurs. Elle portait un T-shirt mauve avec une seule manche. Elle avait un short en jean déchiré. Ce qui m'étonna surtout fut ses chaussures, des converses jaunes ! Je ne m'attendais pas à ce qu'un stabilisateur s'habille aussi décontracté.
-Ça te plaît ? dit-elle en prenant la pose.
Ce qui était sûr c'est qu'au milieu de toutes ces personnes en noirs, on ne voyait qu'elle.
-J'ai trouvé ses habits à Paris, continua-t-elle. Il faut dire que ces humains ont le chic pour fabriquer des beaux habits ! D'ailleurs, ça me rappelle une histoire?
Et elle continua à parler. Je vis qu'Etienne était pris d?une grande lassitude. Je ressenti de la compassion envers lui. Il me regarda d?un air : « T'inquiète, j'ai l'habitude ».
-J'aurais adoré continuer à discuter chiffons avec toi, coupa Etienne, mais je doits inscrire Maud.
Elle s'arrêta net, elle ne m'avait même pas remarquée. Elle me regarda avec un oeil noir.
-Salut, lui lançais-je. Je m'appelle Maud Lenn, ravie de te connaître.
Elle ne me répondit pas puis elle se retourna vers Etienne.
-Tu me lâches pour ça?
Comment ça «ça» ! Elle se prend pour qui cette pimbêche ?!
-Etienne, remarquai-je, comment tu tiens avec une lèche-botte pareille ? C'est une vraie pimbêche !
Elle voulut répliquer, mais Etienne parla avant elle :
-Vous savez, voir deux fille se crêper le chignon c'est pas trop mon truc. Allez Maud, on y va.
Nous nous jetâmes un dernier regard noir puis je parti avec Etienne.
-Tu as eu de la chance. Cette fois tu as eu le dernier mot, mais je peux te garantir que ça ne se reproduira pas.
Ce que dit Etienne me fit sursauter. J'étais tellement plongé dans mes pensées que je l'avais totalement oublié.
-Anastasie est issue d'une famille de stabilisateurs très puissante, continua-t-il. Et il est préférable de l'avoir de son côté.
-Et j'ai pu voir qu'elle était plutôt populaire, remarquai-je.
-C'est vrai. Et si elle t'as prise pour cible, elle feras de ta vie ici un véritable enfer.
Nous continuâmes a avancé. Petit à petit, je remarquai que les gens me regardaient bizarrement, qu'il chuchotaient quelques chose à l'oreille de leur voisin. « Ils me regardent peut-être comme ça car je ne porte pas l'habit du stabilisateur » pensai-je, «Ou c'est peut-être cette garce qui a lancé une rumeur sur moi. » . Ces deux idées ne me plaisaient pas, je me faisais de plus en plus petite, mais ça ne changeait rien.
-Ce n'est pas toi que les gens regardent, lança Etienne, mais moi.
Je le regardai d'un air interrogateur.
-Comme je te l'ai déjà expliqué, les stabilisateurs doit entretenir l'équilibre entre le bien et le mal. Hélas, ces deux peuple ne veulent pas croire qu'en faisant disparaître le clan adverse, ils entraînent leur propre perte. Notre travail consiste à les arrêter et de les empêcher de se battre. C'est pour cela que la communauté des stabilisateurs a été créée. Nous sommes constitué de trois sortes de personnes : Les enfants de stabilisateurs, comme moi ; les personnes morte où l'on a découvert un certain potentiel en eux ou les personnes vivantes qui ont découvert l'existence des stabilisateurs, comme toi. Dans tous les cas, ces personnes obtiennent une arme, le plus souvent une arme blanche. Quoi qu'il en soit, chaque arme est unique et ne convient qu'à son propriétaire, mais elle n?est pas gratuite, on l'échange contre ses propres sentiments... Enfin, c'est un peu compliqué, on te l'expliquera à l'académie. Bref, moi, je n'ai ni sabre ni épée, j'ai juste mes yeux.
-Tu veux parler de tes pupilles rouges ? Ai-je conclu.
-Oui. Grâce à elles, je peux lire les souvenir de mes adversaires, lire leurs pensées, les obliger à faire certaines choses...
-Mais c'est super ! Tu les obliges à renoncer au combat et comme ça personne n'est blessé !
-Le problème est là. Les stabilisateurs trouvent que cette façon de se battre ne montre aucun honneur. Ils pensent aussi que je vais me retourner contre les stabilisateur, faire une sorte de coup d'état.
-Oui, je vois. Et si Anastasie a réellement flashé pour toi, ça ne doit pas de facilité les choses.
-Effectivement, Anastasie est très populaire, et elle plait beaucoup aux garçons. Ils m'en veulent et, comme les filles, ils pensent que je l?ai hypnotisée, ou un truc comme ça. Mais ne t'apitoie pas sur mon sort, j'ai de très bons amis qui ont confiances en moi, alors l'avis des autres...
Nous continuâmes à marcher en silence. Les stabilisateurs nous regardaient toujours de la même façon, mais Etienne n'y accordait que très peu d?importance. Nous nous arrêtâmes devant une porte en bois, dessus était écrit en lettres d'or « académie des stabilisateurs ».
-C'est le seul passage où l'on peut rentrer dans l'académie et c'est ici que tu vas t'inscrire.
A peine a-t-il eu le temps d?ouvrir la porte que quelque chose venant de l'intérieur s'abatis sur lui. Quand j'ouvris les yeux, une jeune fille élancée aux cheveux courts et noirs avait le pied posé sur la tête d'Etienne. Etienne était écrasé sur le sol, ventre à terre.
-Espèce d'idiot ! lança la jeune fille. Tu me raccroches au nez alors que je viens de voir qu'un inconnu espionnait notre conversation, tu ne me rappelle pas et tu oses revenir sans aucune égratignure ! Je me suis fait un sang d'encre, abruti !
-Calmes toi Neicha, demanda Etienne, sinon c'est toi qui va me tuer.
Elle enleva son pied.
-Non mais tu te rends compte ?! continua-t-elle. J'étais sur le point de partir à ta recherche avec...
Elle s'arrêta net puis repris d'un ton plus calme :
-Tu es accompagné, n'est-ce pas ? Et par une personne que je ne connaît pas.
Elle se retourna vers moi. Elle portait, comme Etienne, un kimono de stabilisateur mais à un détail près : en effet, elle était pieds nus.
Elle était très jolie, elle avait une peau légèrement bronzée qui faisait d'elle un personnage exotique. Mais un détail me frappa : on aurait dit qu'une légère couche grise recouvrait ses yeux. Elle était aveugle.
-Qui est-ce ? demanda-t-elle à Etienne.
-J'allais justement te le dire, répondit-il. La personne que tu as aperçue à travers ta sphère, c'était elle. Et elle est aussi la fille d'Eric, mon maître.
-Et tu es donc venue l'inscrire à l'académie, je m'en charge. Tu l'inscris pensionnaire ?
-Oui.
-Ne perdons pas de temps, viens avec moi...?
Elle me regarda d'un air interrogateur. Je ne compris pas tout de suite ce qu'elle voulait.
-Heu... Ah, oui ! Je m'appelle Maud
-OK, Viens avec moi, Maud.
Nous passâmes par la porte et nous nous retrouvâmes dehors, dans une cour de ciment. Devant nous, se dressaient trois bâtiments. Le premier en partant de la gauche était le plus large et aussi le plus bas, de grandes fenêtres étaient encastrées dans les murs.
-Ici, dit Neisha en désignant le bâtiment, c'est la salle de gym. Tu y apprendras le maniement de l'épée et d'autres choses comme ça. Assez marant.
Le bâtiment du centre était beaucoup plus grand que le précédent.
-Ce bâtiment est celui d'histoire. L'ennui total ! Les profs ne vont pas arrêter de te bassiner avec : « il faut bien apprendre l'histoire, jeune fille. Elle nous sert à ne pas refaire les mêmes erreurs que nos ancêtres ont commises dans le passer. ». Blablabla.
Je ris, mais j'étais assez surprise. Logiquement, elle devrait me motiver pour travailler et pas l?inverse.
Le dernier bâtiment ressemblait à un temple grec, un toit en triangle soutenu par des colonnes.
-Ça, c'est le bâtiment de chimie et l'art de la médecine. Avant, c'était hyper drôle mais les profs ont tout gâché.
-Quoi donc ? demandai-je.
-A la place de ce truc, expliqua-t-elle, nous avions un bâtiment comme celui d'histoire. Avec Etienne, on créait de grosses fumées et parfois des explosions avec les produits mis à notre disposition. Les profs nous évacuaient, nous et les autres élèves, illico. Mais ils en ont eu marre de repayer la casse, alors ils ont rasé l'ancien bâtiment pour construire ça. Du coup, plus de fenêtres brisé et évacuation plus facile.
J'avais du mal a imaginer Etienne, d'habitude si sérieux, faire les quatre cent coups.
Nous nous dirigeâmes vers le gymnase et nous y rentrâmes. Le bâtiment était presque vide. Le sol était recouvert de tatamis. Des épées en bambous étaient accrochées au mur. Au fond de la salle, une vieille dame était assise devant une table.
-Bonjour madame, lança Neisha.
-Oh, bonjour Neisha, répondit la vieille dame. Que fais-tu ici ? Tu n'étais pas parti à la recherche d'Etienne ?
-Pas d'inquiétude, je l'ai retrouvé. Je suis ici pour inscrire cette jeune fille.
La vieille dame me regarda. Elle avait les cheveux blancs et légèrement bouclés.
-Viens petite, me demanda la vieille dame, je suis ta directrice et c'est moi qui vais t'inscrire.
Je la rejoignis et me plaçai devant la table. Dessus, se trouvaient de nombreuses fiches où étaient écrits des noms à l'encre rouge. La directrice me fit signe de tendre la main, je m'exécutai et d'une vitesse que je ne crus pas capable chez une personne aussi âgée, elle m'attrapa la main, sortit un couteau et me fit une entaille dans la paume. Une goutte de sang perla et tomba sur une fiche. Le sang s'étala et forma des lettres :« Maud Lenn ».
-Voilà, tu es inscrite, conclu la directrice. Mais... Lenn ? Comme Eric Lenn ? Tu es sa fille ?
Je hochai de la tête.
-Nous avons la descendante directe du talentueux Eric Lenn dans notre école ! C'est magnifique ! Viens Maud, je vais te montrer ta chambre. Notre école est un pensionnat. Elle est pensionnaire n'est-ce pas ? demanda-t-elle à Neisha
-Oui, répondit-elle.
-Viens Maud, continua la directrice, tu auras ta propre chambre, avec une douche privée.
-Heu... Merci, répondis-je.
Sur le coup, je fus ravis. J'étais dans un pensionnat et j'allais éviter tous les inconvénients ! Mais je ne savais pas encore que ses années d'études allaient vite devenir pour moi un vrai calvaire.